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Forêt et chemins ruraux, conflit d’usage.

mardi 3 mars 2015, par ajas

Nous n’avons qu’un mot pour nommer les espaces boisés : la Forêt. Alors qu’elle est encore souvent perçue comme un lieu hors du temps où l’arbre est roi, dans sa réalité la Forêt est multiple, tant dans ses formes que dans ses évolutions. Celle que nous souhaitons évoquer ici, la Forêt de Pins, est un élément majeur de notre environnement.

Attestée dès avant l’occupation romaine, la culture du Pin maritime a explosé à la fin du 19ème siècle lorsque l’enrésinement a progressivement dévoré les supports de l’économie traditionnelle landaise en colonisant les landes, les terres labourées, des prairies comme des espaces jusqu’alors dévolus aux feuillus. Cette forêt, obtenue de semis plus ou moins naturels, était relativement extensive et s’accommodait d’une végétation en sous étage.

On dira que cela fut la règle jusqu’après les années 50 lorsque, dans ce domaine comme dans tous les autres, les choses ont évolué. Comme on passe de la traction animale à la traction mécanique, du passe partout à la tronçonneuse, on prend la route d’une rationalisation, d’une optimisation de la production de bois. Il s’agira, à la fois, de faciliter l’entretien et l’exploitation des cultures et d’en réduire la durée des rotations. C’est l’apparition de la « ligniculture ».
Initialement il s’agissait d’ensemencer en ligne -comme son nom l’indique- des « ados » obtenus d’un tour de charrue. Rapidement, le semis sera abandonné au profit du repiquage de jeunes plants. Et puis, des moyens de plus en plus lourds sont mis en œuvre. Entre deux cultures, les parcelles sont débarrassées des souches, d’abord « explosées » par des mégatarières ; puis, la technique évoluera vers leur arrachage en vue d’une récupération valorisable.
Pour ce qui concerne les éclaircissages et « l’exploitation », là aussi, les choses bougent : la tronçonneuse cède le pas à l’impressionnante machine qui se saisit du tronc, le coupe, l’ébranche et le débite à la dimension programmée –les moyens mis en œuvre pour le débardage étant à la hauteur-.

Les transformations ne sont pas seulement techniques, elles sont aussi économiques et humaines. Le matériel lourd nécessité par ces pratiques culturales a un prix élevé –et qui dit prix élevé dit problème de rentabilisation- ; conséquence : à toutes les étapes de la culture, les travaux sont confiés à des entreprises spécialisées, avec comme règles : efficacité, rapidité. On peut alors parler d’industrie forestière et la formule selon laquelle «  la forêt n’est faite ni pour plaire ni pour que l’on s’y promène » prend tout son sens.
Ces longs alignements monospécifiques, ces interlignes dévégétalisés au « rouleau landais » lorsqu’ils sont entretenus, colonisés par fougères et ajoncs lorsqu’ils ne le sont pas, n’ont rien de bucolique. Sans parler d’une biodiversité qui, sur de si vastes espaces, est pour le moins restreinte.
Quant à la promenade, qui y songerait ? La marche y étant aussi peu aisée que l’intérêt en est faible. Ceci dit, chacun étant maître chez soi, il ne nous appartient pas de contester un mode de gestion.

En revanche, où le bat blesse, c’est au niveau des Chemins Ruraux où le conflit d’usage est manifeste : d’un côté, des travaux d’exploitation forestière qui peuvent s’avérer dévastateurs pour ces chemins ; de l’autre, une nécessité d’un minimum d’utilisabilité pour des activités localement en forte extension : promenade, VTT, jogging,…

Saint-Morillon - Chemin rural 72 : au débouché drainage Bel Air - février 2015

Évidemment, les exploitants forestiers sont dans leur plein droit en utilisant ces chemins. Et le problème des dégradations est reconnu puisque le législateur prévoit une déclaration en mairie avant débardage et une remise en état éventuelle après travaux. Sauf que, dans les faits, les choses ne se passent pas ainsi. Les débardeurs font leur travail. Si le sol est sec ou résistant, c’est « tant mieux », s’il est fragile ou détrempé, c’est « tant pis ». Un rapide « coup de lame », plus symbolique qu’efficace, et tout le monde disparaît.

Quel élu sera suffisamment opiniâtre pour rappeler à un devoir théorique des forestiers qui n’ont manifestement pas l’intention de consacrer du temps et de l’argent à des travaux de réfection ? Étant bien entendu que des ornières de 60 bons centimètres de largeur et pouvant aller jusqu’à quelques 40 centimètres de profondeur ne se réparent pas d’un coup de baguette magique.

Philippe Delpech
22-02-2015